Français · 4e · environ 25 min
Réécrire un texte pour modifier son orientation argumentative
Explique-moi autrement
Choisis une façon de comprendre. Tu peux toutes les essayer, dans l'ordre que tu veux.
Imagine trois couleurs : bleu pour l’idée défendue, vert pour les raisons, orange pour les mots qui expriment un jugement. Dans « Il faut conserver ce jardin : il abrite des oiseaux et constitue un précieux refuge », tu repères « conserver ce jardin », « il abrite des oiseaux » et « précieux ». Pour défendre un autre projet à sa place, vérifie chacune de ces trois zones : tu ne peux pas garder sans changement tout ce qui soutenait sa conservation.
Tous les textes ne présentent pas leurs raisons et leurs jugements dans des phrases séparées. Un même groupe de mots peut jouer plusieurs rôles.
Relie mentalement la nouvelle idée à chaque raison avec « parce que ». « Il faut prolonger l’ouverture de la bibliothèque parce que davantage d’habitants pourront y venir » fonctionne. En revanche, « Il faut prolonger l’ouverture parce que cela empêchera certains habitants de venir » ne soutient pas cette idée. Ce test aide à repérer un argument conservé par erreur.
Ce test vérifie qu’une raison soutient bien l’idée annoncée. Il ne prouve pas que cette raison est vraie : il faut aussi respecter les informations disponibles et ne pas inventer de chiffres.
Compare ces deux critiques d’une piste cyclable. Version 1 : « Cette piste est nuisible : elle permet aux cyclistes de circuler à l’écart des voitures. » Version 2 : « Cette piste est mal conçue : son tracé oblige les cyclistes à traverser plusieurs sorties de parking. » La première change le jugement, mais conserve une raison favorable à la piste. La seconde associe un jugement négatif à une difficulté précise.
Un texte peut reconnaître un avantage avant de défendre une position différente. Dans ce cas, il faut une opposition explicite et une raison qui soutient réellement la conclusion.
Les pièges
Changer seulement un mot positif en mot négatif.
Tu as changé le jugement. Vérifie maintenant la raison donnée : aide-t-elle vraiment à défendre la nouvelle idée ?
Changer le sujet au lieu de changer la position défendue.
Garde le même sujet. Demande-toi plutôt ce que tu veux désormais en faire penser au lecteur.
Croire qu’il faut supprimer toute idée favorable à l’ancienne position.
Tu peux conserver une réserve avec « même si » ou « certes ». Vérifie surtout que la raison principale et la conclusion défendent bien la nouvelle position.
Je me teste
2 questions nouvelles, sans aide. Tu vois la correction à la fin.
La leçon écriteLe cours complet, des exemples, « À retenir » à imprimer
La leçon
Ce qu'il faut savoir
Réécrire un texte pour modifier son orientation argumentative, c’est le transformer pour qu’il défende un autre point de vue sur le même sujet. Ce travail, réalisé à partir d’un extrait littéraire ou journalistique, permet de comprendre comment les arguments et les mots influencent le lecteur.
Le cours
Un texte argumentatif cherche à faire adhérer le lecteur à une idée : c’est la thèse défendue. Pour modifier son orientation, il faut d’abord repérer le sujet abordé, la thèse, les arguments qui la soutiennent et les mots qui expriment un jugement favorable ou défavorable.
La réécriture conserve le sujet et les informations nécessaires à sa compréhension, mais elle défend une nouvelle thèse. Selon la consigne, cette thèse peut s’opposer à celle du texte initial ou apporter un jugement plus nuancé. Il ne s’agit pas de modifier au hasard tous les éléments du passage.
Les arguments doivent soutenir la nouvelle thèse : on peut remplacer un avantage par un inconvénient, contester une justification ou tirer une autre conclusion d’un même fait. Les exemples doivent eux aussi servir le nouveau point de vue. Les faits conservés ne doivent pas être déformés et aucune fausse donnée ne doit être inventée pour convaincre.
Le lexique évaluatif rassemble les mots qui présentent une réalité de manière favorable ou défavorable. Pour changer l’orientation du texte, on adapte les adjectifs, les noms, les verbes et les adverbes qui portent un jugement. On ajuste aussi les expressions de certitude, de doute ou de nécessité : « il faut absolument » n’exprime pas la même position que « on pourrait envisager ».
Enfin, la réécriture doit former un ensemble cohérent. Les connecteurs, comme « pourtant », « car » ou « donc », doivent relier logiquement les nouvelles idées, et la conclusion doit correspondre à la nouvelle thèse. Une relecture permet de vérifier qu’aucun argument ni jugement conservé ne contredit involontairement le point de vue choisi, tout en respectant les contraintes de la consigne.
Des exemples
Texte initial : « La fermeture de cette rue aux voitures est une excellente décision : les piétons pourront y circuler plus tranquillement. » Réécriture : « La fermeture de cette rue aux voitures est une décision contestable : elle compliquera l’accès des véhicules de livraison aux commerces. »
Le sujet reste le même, mais la thèse passe de favorable à défavorable. Pour suivre ce changement d’orientation, l’argument et le jugement « excellente » sont remplacés par des éléments qui soutiennent la nouvelle position.
Texte initial : « Le festival occupera la place pendant trois jours : une belle occasion de faire vivre le quartier. » Réécriture : « Le festival occupera la place pendant trois jours : une longue période durant laquelle les riverains devront supporter le bruit. »
Le fait annoncé, la durée du festival, est conservé. Son interprétation change grâce à un nouvel argument et à un lexique défavorable : « longue période » et « supporter le bruit ».
Texte initial : « Il faut absolument prolonger les horaires de la bibliothèque : chacun pourra ainsi en profiter après les cours. » Réécriture : « Prolonger les horaires de la bibliothèque pourrait être utile après les cours, mais cette mesure devrait tenir compte du coût des heures d’ouverture supplémentaires. »
La réécriture transforme un soutien sans réserve en une position nuancée. L’expression « pourrait être utile » atténue la certitude, tandis que « mais » introduit une limite à prendre en compte.
Texte initial : « Les écrans occupent trop de place dans l’exposition et détournent le regard des objets. Il faut donc les supprimer. » Réécriture : « Les écrans apportent des explications utiles sur les objets et enrichissent la visite. Il faut donc les conserver. »
Le nouvel argument conduit à une conclusion favorable aux écrans. Le connecteur « donc » est conservé parce qu’il exprime toujours une conséquence logique, mais les mots de jugement et la conclusion sont adaptés à la nouvelle thèse.
À retenir
- Repérer le sujet, la thèse, les arguments et les mots de jugement du texte initial.
- Définir la nouvelle thèse en respectant la consigne.
- Adapter les arguments, les exemples et le lexique à cette thèse.
- Conserver les faits utiles sans les déformer ni inventer de fausses données.
- Vérifier la logique des connecteurs et l’accord de la conclusion avec le nouveau point de vue.
Les mots de la leçon
- Orientation argumentative
- Direction donnée à un texte pour amener le lecteur à adopter un certain point de vue.
- Thèse
- Idée ou opinion qu’un texte cherche à défendre.
- Argument
- Raison donnée pour soutenir une thèse et convaincre le lecteur.
- Lexique évaluatif
- Ensemble des mots qui expriment un jugement favorable ou défavorable sur une personne, un objet, une action ou une idée.
- Connecteur logique
- Mot ou expression qui indique le lien entre des idées, par exemple la cause, la conséquence ou l’opposition.
Exemples résolusDes exercices faits devant toi, étape par étape
RegardePour changer l’orientation argumentative d’un texte, change l’idée qu’il défend, puis adapte les raisons données et les mots qui présentent le sujet comme positif ou négatif. Par exemple, pour passer de « Cette mesure est utile : elle protège les promeneurs » à une critique, il faut trouver une raison de la contester, pas seulement remplacer « utile » par « inutile ». La nouvelle version doit rester cohérente du début à la fin.
Lis ce court texte : « La fermeture de la place aux voitures est une excellente décision. Elle offre aux habitants un espace calme pour se rencontrer. Il faut maintenir cette mesure. » Quelle réécriture défendrait au contraire le retour des voitures ?
- Je repère l’idée défendue : il faut maintenir la fermeture de la place aux voitures.Cette idée donne la direction du texte : les raisons et les mots employés servent à la défendre.
- Je fixe la nouvelle idée à défendre : il faut rétablir l’accès des voitures à la place.Je sais ainsi vers quelle conclusion ma réécriture doit conduire.
- Je remplace l’avantage présenté par une difficulté : la fermeture complique les livraisons des commerces.Cette nouvelle raison soutient le retour des voitures, contrairement à l’argument du calme.
- Je remplace « excellente » par « gênante » et j’adapte la conclusion.Le jugement porté sur la mesure doit lui aussi correspondre à la nouvelle idée.
- J’obtiens : « La fermeture de la place aux voitures est une décision gênante. Elle complique les livraisons des commerces. Il faut rétablir l’accès des voitures. »L’idée défendue, la raison donnée et le mot de jugement vont désormais dans le même sens.
Pour les parentsCe que votre enfant apprend, le programme, comment l'aider
- Ce que votre enfant apprend
- Réécrire un court extrait littéraire ou journalistique en modifiant la thèse défendue, les arguments et le lexique évaluatif pour soutenir une orientation argumentative différente.
- Au programme
- 4e · BOEN n°31 du 30 juillet 2020 (cycle 4, programme PRÉCÉDENT, encore en vigueur pour 4e/3e en 2026-2027) Voir la source officielle
- Combien de temps
- Environ 25 minutes, en une fois ou en plusieurs.
Comment l'accompagner
- Laissez-le commencer par manipuler : la règle vient après, en une ou deux lignes.
- Le petit test se fait sans aide. La correction arrive à la fin, sans note.
- Si une explication ne passe pas, proposez-en une autre plutôt que de répéter la même.
Les réglages « Ma façon » reprennent des adaptations recommandées par l'Éducation nationale pour les élèves à besoins éducatifs particuliers, comme les troubles dys ou le TDAH. Éduscol : élèves à besoins éducatifs particuliers