Français · 4e · environ 30 min
Réécrire un texte pour changer son orientation argumentative
Explique-moi autrement
Choisis une façon de comprendre. Tu peux toutes les essayer, dans l'ordre que tu veux.
Imagine trois étiquettes : le fait, le jugement et la raison donnée. Garde l’étiquette du fait et remplace les deux autres pour défendre l’avis opposé. Par exemple, conserve « Le musée devient gratuit le samedi », remplace « une mesure bienvenue » par « une mesure discutable », puis associe ce jugement à une raison cohérente : « la gratuité ne devrait pas dépendre du jour de visite ».
Les étiquettes aident à construire une version courte. Dans un texte plus long, vérifie aussi les mots de liaison et tous les autres faits : dates, lieux, nombres et événements.
Compare chaque réécriture au texte de départ. Demande-toi d’abord si elle conserve les faits, puis si elle défend réellement l’avis demandé. Pour critiquer « Le journal paraît chaque vendredi : c’est une excellente nouvelle », « Le journal paraît chaque vendredi : ce rythme est regrettable » change bien le jugement. « Le journal paraît chaque lundi : ce rythme est regrettable » change aussi un fait et ne convient donc pas.
Un seul mot négatif ne suffit pas toujours à retourner tout un texte. Il faut aussi examiner les raisons données et la conclusion.
Les pièges
Changer les faits pour défendre l’avis opposé.
Tu as changé ce qui s’est passé. Rétablis les événements, les nombres et les dates, puis modifie seulement la manière de les juger et les raisons données.
Remplacer un mot positif sans adapter l’argument et la conclusion.
Le jugement a changé, mais la suite défend encore l’ancien avis. Vérifie que la raison et la conclusion soutiennent bien la nouvelle idée.
Garder un mot de liaison qui ne correspond plus au lien entre les idées.
Relis les deux idées reliées. Si la seconde vient nuancer ou contester la première, un mot comme « cependant » convient mieux qu’un mot de conséquence.
Je me teste
2 questions nouvelles, sans aide. Tu vois la correction à la fin.
La leçon écriteLe cours complet, des exemples, « À retenir » à imprimer
La leçon
Ce qu'il faut savoir
Réécrire un texte pour changer son orientation argumentative consiste à lui faire défendre un autre point de vue sans modifier les faits rapportés. Ce travail, qui peut porter sur un extrait littéraire ou un article de presse, permet de comprendre comment l’écriture influence le jugement du lecteur.
Le cours
Un texte argumentatif défend une thèse, c’est-à-dire une idée que l’auteur cherche à faire accepter. Il s’appuie sur des arguments, qui donnent des raisons de partager cette idée, et parfois sur des exemples. Avant de réécrire le texte, il faut repérer la thèse défendue et distinguer les faits rapportés des jugements portés sur ces faits.
Changer l’orientation argumentative consiste à défendre une autre thèse : on peut soutenir l’opinion opposée ou adopter un point de vue plus nuancé. Les faits du texte source doivent rester exacts : les dates, les chiffres, les événements et les actions rapportées ne changent pas. Il ne faut ni inventer une information pour renforcer la nouvelle thèse ni déformer une citation.
Les arguments doivent être adaptés à la nouvelle thèse. Un même fait peut servir à souligner un avantage ou une limite : une ouverture prolongée peut être présentée comme un service utile ou comme une organisation contraignante. On peut donc changer l’interprétation des faits et l’importance donnée à chaque argument, sans présenter une supposition comme une certitude.
Le lexique évaluatif exprime un jugement favorable ou défavorable. Des mots comme « bénéfique », « remarquable » ou « prometteur » valorisent une idée ; « regrettable », « excessif » ou « inquiétant » la dévalorisent. Pour changer l’orientation du texte, il faut ajuster ces mots ainsi que les expressions qui marquent la certitude ou la réserve, comme « sans aucun doute », « peut-être » ou « semble ».
Les connecteurs organisent le raisonnement : « car » introduit une cause, « donc » une conséquence, « mais » une opposition et « pourtant » une opposition à ce qui était attendu. Ils doivent correspondre aux nouveaux liens entre les idées. La réécriture doit former un texte cohérent, et non une suite de mots remplacés par leurs contraires : à la relecture, on vérifie que les arguments soutiennent la nouvelle thèse et que les faits du texte source sont conservés.
Des exemples
Texte source : « La place compte désormais vingt arbres au lieu de dix. Ces arbres supplémentaires rendent le quartier plus accueillant. » Réécriture : « La place compte désormais vingt arbres au lieu de dix. Ce changement ne suffit pourtant pas à garantir que le quartier soit plus accueillant. »
Le nombre d’arbres reste inchangé : le fait est conservé. La réécriture remplace le jugement favorable par une réserve et utilise « pourtant » pour marquer cette nouvelle orientation.
Texte source : « La bibliothèque ferme maintenant à vingt heures au lieu de dix-huit heures. Ces deux heures supplémentaires sont une amélioration appréciable pour les lecteurs. » Réécriture : « La bibliothèque ferme maintenant à vingt heures au lieu de dix-huit heures. L’intérêt de ces deux heures supplémentaires reste toutefois à examiner : une ouverture plus longue ne garantit pas, à elle seule, un meilleur service. »
Les horaires sont conservés, mais l’argument favorable devient une mise en doute de l’utilité du changement. Aucun chiffre de fréquentation n’est inventé pour soutenir la nouvelle thèse.
Texte source : « Le journal du collège paraît chaque mois et publie des textes d’élèves. Les élèves ont donc là une belle occasion de faire entendre leur voix. » Réécriture : « Le journal du collège paraît chaque mois et publie des textes d’élèves. Cependant, cette publication mensuelle ne permet pas de réagir immédiatement à l’actualité : son rôle dans les échanges reste donc limité. »
La réécriture conserve la fréquence de publication et l’origine des textes, mais elle souligne une limite plutôt qu’un avantage. « Cependant » introduit la réserve et « donc » relie le nouvel argument à sa conclusion.
À retenir
- Repérer la thèse, les arguments et les faits du texte source.
- Définir la nouvelle thèse : opposée ou plus nuancée.
- Conserver les faits sans inventer d’informations.
- Adapter les arguments et le lexique évaluatif.
- Ajuster les connecteurs au nouveau raisonnement.
- Relire l’ensemble pour vérifier sa cohérence.
Les mots de la leçon
- Orientation argumentative
- Direction donnée au raisonnement pour amener le lecteur à partager un point de vue.
- Thèse
- Idée ou opinion défendue dans un texte argumentatif.
- Argument
- Raison avancée pour soutenir une thèse.
- Fait
- Élément que l’on peut vérifier, à distinguer d’une opinion ou d’un jugement.
- Lexique évaluatif
- Ensemble des mots et expressions qui portent un jugement favorable ou défavorable.
- Connecteur
- Mot ou expression qui indique un lien entre des idées, comme la cause, la conséquence ou l’opposition.
Exemples résolusDes exercices faits devant toi, étape par étape
RegardePour défendre une autre idée, garde les faits du texte, mais change le jugement porté sur eux et les arguments qui les accompagnent. Remplace les mots qui approuvent par des mots qui critiquent, ou l’inverse, et adapte les mots de liaison. Changer d’avis ne permet pas d’inventer des faits ni de supprimer ceux qui gênent.
Lis ce court texte : « La bibliothèque ouvre désormais le dimanche matin. Cette excellente initiative offre un nouveau moment de lecture ; il faut donc la soutenir. » Quelle réécriture critique cette ouverture tout en conservant le fait annoncé ? Deux propositions : « La bibliothèque ouvre désormais le dimanche matin. Cette initiative discutable réserve encore une place aux activités organisées ; il vaudrait plutôt mieux préserver ce moment pour les occupations personnelles. » ou « La bibliothèque reste fermée le dimanche matin. Cette décision est regrettable. »
- Je repère le fait à conserver : la bibliothèque ouvre désormais le dimanche matin.L’ouverture et son horaire restent vrais, même si le texte défend ensuite un autre avis.
- Je repère l’avis de départ : le texte soutient cette ouverture avec « excellente » et « il faut donc la soutenir ».Ces expressions montrent ce que le texte cherche à faire approuver.
- Je retiens la première proposition : elle remplace l’éloge par « discutable » et défend une autre priorité, le temps consacré aux occupations personnelles.Le jugement et l’argument changent, mais aucun nouveau fait précis n’est présenté comme établi.
- Je vérifie le lien entre les idées : « plutôt » introduit la priorité proposée à la place de l’ouverture.La seconde proposition est écartée : elle transforme une ouverture en fermeture et contredit donc le fait de départ.
Pour les parentsCe que votre enfant apprend, le programme, comment l'aider
- Ce que votre enfant apprend
- Réécrire un extrait littéraire ou un article de presse en modifiant la thèse défendue et en ajustant les arguments, le lexique évaluatif et les connecteurs, tout en conservant les faits du texte source.
- Au programme
- 4e · BOEN n°31 du 30 juillet 2020 (cycle 4, programme PRÉCÉDENT, encore en vigueur pour 4e/3e en 2026-2027) Voir la source officielle
- Combien de temps
- Environ 30 minutes, en une fois ou en plusieurs.
Comment l'accompagner
- Laissez-le commencer par manipuler : la règle vient après, en une ou deux lignes.
- Le petit test se fait sans aide. La correction arrive à la fin, sans note.
- Si une explication ne passe pas, proposez-en une autre plutôt que de répéter la même.
Les réglages « Ma façon » reprennent des adaptations recommandées par l'Éducation nationale pour les élèves à besoins éducatifs particuliers, comme les troubles dys ou le TDAH. Éduscol : élèves à besoins éducatifs particuliers